DOCUMENTS ÉPIGRAPHIQUES KOUCHANS
G. Fussman
 

I. — INSCRIPTIONS ET ANTIQUITÉS DU DAŠT-E NĀWUR

APPENDICE 1

Antiquités de la vallée de Khawāt

Le nom de Khawāt [228] est un nom célèbre en épigraphie depuis que PARGITER a montré qu’il se trouve déjà dans l’inscription kharoṣṭ de Wardak [229]. A proprement parler, Khawāt est le nom d’un affluent de la rive droite du Wardak [230], et plus largement, de la vallée qu’il arrose et, même, de tout le bassin de la rivière. Partant de Du Āwi, nous n’avons pu remonter entièrement la vallée, car nous avons été très rapidement arrêtés par une gorge infranchissable. Nous n’en décrirons que la partie la plus méridionale, celle que les cartes afghanes appellent Khawāt-e Nāwer [231].

L’endroit est plus riant que le DN. Malgré l’étroitesse de la bande cultivable, malgré l’altitude (2.700 m environ), il y a de beaux champs de céréales et les canaux d’irrigation sont bordés de grands arbres. La seule agglomération importante est Shahre Khawāt [232], reliée à Du Āwi, dont dépend administrativement ce district, par une bonne piste carrossable longue de 29 km. Shahre Khawāt est un village d’une cinquantaine de maisons, sans bazar, mais avec une école. Toutes les maisons sont relativement récentes. Le village est en effet bâti au-dessus d’une série d’habitations troglodytes, creusées de main d’homme, non pas à flanc de falaise, mais sous la roche tendre d’un petit plateau. Ces grottes artificielles n’ont rien de remarquable. Les volumes sont irréguliers et il n’y a aucune trace de décor, peint ou sculpté. En certains endroits, on voit encore des chambranles en bois, des litières d’animaux, des fours en poterie (tandur), des réservoirs à grains en céramique. L’endroit semble avoir été abandonné récemment, il y a cent ans selon les gens du village.

La seule ruine importante de la vallée se trouve à une heure de marche au Sud-Est du village troglodyte, là où le plateau s’arrête brusquement, au confluent de deux rivières profondément encaissées, qui, en se rejoignant, forment le Khawāt proprement dit [233]. Le Khawāt s’engouffre aussitôt dans une gorge très étroite où même un piéton ne peut passer. On trouve en cet endroit une très importante forteresse, défendue sur deux côtés par l’à-pic des rivières, et, du côté du plateau, par un petit fossé qui barre l’éperon et que protège une tour. Le site est trop ruiné pour que l’on puisse dire si l’enceinte est circulaire ou si c’est un polygone irrégulier. Mais c’est une enceinte fermée, dont
 

228. Telle est l’orthographe des récentes cartes afghanes. Elle correspond phonétiquement à Xawāt.

229. PARGITER, Journal of the Royal Asiatic Society, 1912, pp. 1060 sq.; KONOW, CII, p. 165. Voir aussi G. FUSSMAN, Arts Asiatiques, XXX [1974], p. 89.

230. Sur les cartes afghanes, la rivière de Wardak s’appelle Darae Jelga.

231. Soit Xawāt-e Nāwur. Carte afghane au 1:250.000e, feuille n° 509, VC 1 à 3/7.

232. Soit Šahr-e Xawāt.

233. L’affluent de la rive droite est l’āb-e čay-e asp, «l’eau du puits du cheval»; celui de la rive gauche est le darya-e saōza, «la rivière de verdure».


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j’estime le périmètre à 300 mètres au moins. Elle est ponctuée de grosses tours rondes et creuses. Au centre de l’enceinte, on voit les restes d’un énorme donjon écroulé.

Les murs sont bâtis de briques crues posées sur un soubassement de pierres. Ces briques (38 x 38 x 7,8 cm; 38 x 40 x 7,8 cm), très dures et mêlées de pierres, sont séparées par des joints de 4 à 8 cm d’épaisseur selon les endroits. S’il y a eu un décor extérieur, il n’est plus visible. A la base de la tour Ouest, on voit les restes d’une grande archère, profonde d’au moins 2,50 m. La base de la tour était donc creuse et les murs avaient au minimum 2,50 m d’épaisseur. On voit à l’intérieur de cette même tour Ouest une niche voûtée en berceau. L’intrados de la voûte est fait de briques rectangulaires, larges de 22 cm, épaisses de 8 à 8,5 cm et longues d’au moins 90 cm, puisque la longueur de la brique équivaut à la profondeur de la niche. La première brique rectangulaire, qui forme sommier, est posée de champ, légèrement en biais, sur le piédroit. Au-dessus de cette couche d’intrados vient un arc de conception plus courante, dont les claveaux sont des briques crues de 35 x 35 x 7 cm. Le claveau-sommier est posé à plat, légèrement de biais, sur le piédroit; à partir du sommier, grâce à des variations dans l’épaisseur du joint, les briques commencent à rayonner jusqu’à ce que la clef de voûte soit constituée par une brique posée de champ. Je ne connais pas d’autre exemple de berceau ainsi construit.

Ce type d’édifice, où je n’ai pu trouver de poterie, est difficile à dater précisément. Les tours rondes et creuses, les voûtes permettent difficilement de lui assigner une date antérieure au IVe siècle de n. e. Les dimensions des briques indiquent qu’il est pré-ghaznévide. Les édifices à donjon central sont rares en Afghanistan. Je n’en connais aucun qui soit de cette époque. En Asie Centrale soviétique, des fortifications de ce type sont fréquentes [234]. Le château de Khawāt étant enfoui sous les décombres, et son plan exact ne se laissant pas deviner, nous nous abstiendrons de toute comparaison.
 

234. Voyez V. A. NIL’SEN, Stanovlenie feodal’noj arxitektury srednej Asii (V-VIII vv.), Tashkent, 1966, pp. 115 sq.
 

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