DOCUMENTS ÉPIGRAPHIQUES KOUCHANS
G. Fussman
 

I. — INSCRIPTIONS ET ANTIQUITÉS DU DAŠT-E NĀWUR
 

4. Les inscriptions

Les inscriptions sont gravées sur un rocher [15] d’origine volcanique (trachyandésite) situé à 4.320 m d’altitude sur une crête du Qarabayu [16], la montagne qui borde à l’Ouest le Dašt-e Nāwur et tombe à pic sur la cuvette [17]. Il existe une voie d’accès directe par le versant Est, mais elle exige des qualités athlétiques certaines. Le versant Ouest, par contre, est en pente douce; on y accède par une petite vallée, très verte, où campent l’été des nomades paštōs. Les bêtes paissent sur les pentes et crêtes avoisinant: le sol, tout autour du bloc inscrit, est couvert de crottes de chameau. Les chasseurs connaissent aussi l’endroit où ils trouvent, l’été d’énormes perdrix, l’hiver des ibex. Aussi ne faut-il pas s’étonner que tous les habitants de la région connaissent bien le site: presque tous ont entendu parler des inscriptions, beaucoup les ont vues.

En septembre 1967, P. BERNARD, monté par la voie directe, avait trouvé de la neige tout près du rocher. En août 1969, il n’y en avait pas,
 

15. C sur notre croquis du Dašt-e Nāwur (Pl. I).

16. Qarabayu sur les cartes afghanes les plus récentes: dans le système de transcription utilisé par l’Institut Afghan de Cartographie, les occlusives et la vibrante dentales sont soulignées.

17. Le rocher se trouve à un endroit où la crête s’abaisse. A voir la photo, on pourrait même croire qu’il s’agit d’un col. C’est une illusion. Il n’y a là ni col ni route, et le massif montagneux est impénétrable.


7

bien que l’hiver précédent les chutes aient été particulièrement abondantes. Fin mai 1970, des névés importants gênaient l’accès au rocher par le versant Ouest et une barre de glace le rendait impossible par le versant Est. Au dire de mon guide, qui avait vu le rocher pour la première fois en hiver, lors d’une chasse à l’ibex, au cœur de l’hiver la surface inscrite du rocher émerge encore de la neige.

* * *

Le rocher, si l’on nous permet cette peu glorieuse comparaison, ressemble à une énorme pomme de terre, haute de 90 cm environ et présentant une surface horizontale irrégulièrement plane de 180x270 cm environ [18]. C’est le seul bloc de ce genre dans les environs et, m’a-t-il semblé, quasiment le seul endroit possible pour graver des inscriptions.

Les inscriptions sont gravées à la surface du rocher. Pour les lire, il faut tourner le dos à la plaine et regarder vers le Sud: on voit à gauche une cupule de forme évasée [19], à droite les inscriptions: en haut, à gauche, la grande inscription en caractères grecs (I); dessous, séparée par un intervalle anépigraphe et légèrement décalée sur la droite, la petite inscription en caractères grecs (II); en haut, à droite, en partie contiguë à I, l’inscription en langue et écriture inconnues III; immédiatement sous celle-ci, l’inscription en kharoṣṭhī IV; enfin, tout à fait à droite, deux lignes écrites dans les mêmes caractères que III, que l’on doit lire en regardant vers l’Est (V).

Aujourd’hui les inscriptions sont martelées et quasiment détruites. Mais même en leur état premier, elles ne pouvaient être aisément lisibles. La gravure en est peu profonde et souvent peu soignée. Cela tient peut-être à la négligence du lapicide; plus probablement cela est dû à la nature du matériau. La trachyandésite est une roche très dure, et qui s’écaille naturellement. Des traces au début de l’inscription I montrent que l’on a tenté de dresser la pierre; l’on y a sans doute vite renoncé devant l’impossibilité matérielle de la tâche. Dès lors, toute gravure soignée devenait impossible.

Documents utilisés pour le déchiffrement:

— bonnes photos de A. BOUTIERE, prises en 1967, alors que la pierre n’avait pas encore été endommagée, ou l’avait été fort peu;
— estampages sur papier, pris à la même époque par P. BERNARD, et qui donnent quelques lignes de l’inscription I;
— lecture directe sur la pierre fortement martelée, faite par G. FUSSMAN en août 1969. La lecture n’a été possible qu’en charbonnant fortement;
— trois estampages au latex, couvrant la totalité des inscriptions, pris par G. FUSSMAN en août 1969;
— un ultime charbonnage de la pierre, encore plus abîmée, effectué par G. FUSSMAN en mai 1970.
 

18. Croquis Pl. II; fig. 5 et 6.

19. Diamètre supérieur: 50 à 55 cm; profondeur: 30 cm.


8

Les fac-similés ont été réalisés en combinant les indications de ces cinq sources. Ce ne sont ni des décalques de photos, ni des copies en majuscules. Ils donnent tout ce que j’ai cru voir (en pointillés, ce qui est douteux) sans interprétation. Il faut donc se rapporter au commentaire pour savoir si une lettre est complète ou non, si la lecture peut en être modifiée ou non.

Pl. II:
Pl. II
 
Fig. 5 Fig. 6
Fig. 5 Fig. 6

[Previous] [Next]
[Back to Index]