DOCUMENTS ÉPIGRAPHIQUES KOUCHANS
G. Fussman
 

I. — INSCRIPTIONS ET ANTIQUITÉS DU DAŠT-E NĀWUR
 

3. Les ruines

Dans la partie Nord de la cuvette se voient d’assez nombreuses ruines de qalas. Elles ne paraissent pas très anciennes. Ce sont peut-être les restes de «forteresses» hazāras démantelées après le soulèvement de 1891-1893 [13]. En fait, à ma connaissance [14], le Dašt-e Nāwur ne renferme que deux sites archéologiques importants.

Fig. 1Au Nord du lac, sur une colline isolée, de forme allongée, se voit une enceinte, bâtie de pierres entassées les unes sur les autres sans liant et sans soin (fig. 1), marquée D sur notre croquis. Cette fortification est maintenant arasée, mais la médiocrité de sa construction me paraît impliquer qu’elle n’ait jamais été très haute. La ruine, de forme quadrangulaire, est à cheval sur la ligne de crête. Le grand côté du rectangle est parallèle à cette ligne de crête, et, comme elle, orienté Nord-Sud. Sur le versant Est, ce grand côté mesure 300 pas environ, avec des ébauches de tour tous les 40 pas. La tour d’angle Sud-Ouest est conservée sur une hauteur de 1,50 m; elle est massive. Le versant Ouest, plus abrupt que le versant Est, est moins fortifié. La muraille y est discontinue; au Nord, elle s’interrompt même entièrement; on n’y voit pas trace de tours. Au sommet de la colline, près de l’angle Sud-Ouest, est bâtie une deuxième ligne de fortifications, faite de blocs entassés, encore haute de 2 m, et qui forme comme une série d’enclos irréguliers comportant des mangeoires pour animaux.

Selon toute vraisemblance, cette enceinte était une aire de refuge, hâtivement bâtie, et de caractère provisoire. La construction en est trop grossière pour qu’on puisse la dater par ses particularités architecturales, et l’on ne trouve aucun tesson de poterie. On se contentera donc de dire que rien n’indique que cette ruine soit très ancienne.

Le site archéologique le plus important du Dašt-e Nāwur est connu sous le nom de Qala-e Rustain (E sur notre croquis). Il se trouve au Sud-Ouest de la cuvette, près de l’un des meilleurs terrains de pâturage de la région. En cet endroit, se trouve une colline isolée dont un éperon a été grossièrement fortifié. On y a bâti une enceinte vaguement triangulaire, regardant vers la plaine, et faite de blocs de rochers amoncelés. Chacun des côtés du triangle mesure environ 300 pas. Je n’ai vu aucune trace de tour, sauf dans l’angle supérieur de la fortification où a été aménagé une espèce de réduit. Immédiatement au Nord de cet ensemble,
 

13. Voir KAKAR, op. cit., p. 173. On n’a aucun renseignement sur ce qui s’est passé au Dašt-e Nāwur pendant cette période. Il me paraît vraisemblable que l’attribution de droits de pâturage aux tribus pastôs remonte à celte époque.

14. Je n’ai pas pu suivre le sentier qui permet de contourner ie lac par l’Ouest, mais, chaque fois que j’ai posé la question, on m’a affirmé qu’il n’y avait pas de ruines dans cette région.


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sur la crête de la colline, se voit une enceinte ronde, bâtie de pierres amoncelées, qui forme comme un deuxième réduit indépendant de la fortification triangulaire. De là se lit dans la plaine la trace d’un immense mur, aujourd’hui entièrement arasé, qui enserrait toute la colline.

Je n’ai pu recueillir aucun tesson de poterie, ni remarquer aucun détail qui permît de dater le site. On ne peut attribuer d’âge aux deux dessins que l’on voit gravés sur des pierres de l’enceinte triangulaire, l’un représentant un ibex (au), l’autre montrant Rustam tirant une flèche sur un lion. Rien de tout cela ne paraîtrait très ancien, s’il ne fallait admettre qu’il a fallu un certain temps pour que le mur qui entoure le bas de la colline soit complètement arasé. Qala-e Rustam semble n’avoir jamais été qu’une aire de refuge. S’il y a eu une garnison permanente, elle n’a laissé aucune trace de sa présence et je n’ai pu repérer ses quartiers.

Je ne connais donc, dans le Dašt-e Nāwur, aucun site antique habité important, qui expliquerait la présence des inscriptions que nous publions ici. Au reste, les conditions de vie semblent trop dures pour permettre l’existence d’une agglomération de taille moyenne. Mais il a dû y avoir, autrefois comme aujourd’hui, près des sources permettant l’irrigation, des fermes isolées ou groupées en petits villages. Si je n’en ai pas vu les traces, c’est sans doute faute de les avoir suffisamment cherchées.
 

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