DOCUMENTS ÉPIGRAPHIQUES KOUCHANS
G. Fussman
 

I. — INSCRIPTIONS ET ANTIQUITÉS DU DAŠT-E NĀWUR

2. Le Dašt-e Nāwur [4]
(croquis I)

Pl. I:
Pl. I

Le Dašt-e Nāwur est une cuvette à fond plat, de forme oblongue, mesurant environ 70 km du Nord au Sud et 25 km de l’Est à l’Ouest, située à 100 km à vol d’oiseau au Sud-Ouest de Caboul, à 40 km à vol d’oiseau à l’Ouest de Ghazni [5]. Le dašt lui-même se trouve à 3.000 m d’altitude. Il est entièrement ceinturé de montagnes et de volcans dont les plus hauts dépassent 4.500 m. A l’Ouest, les montagnes sont particulièrement élevées; elles forment le rebord oriental d’un massif inexploré et, semble-t-il, entièrement désert du Hazārajat. Les chaînes de montagnes s’y succèdent sur au moins 50 km de profondeur, sans qu’on puisse y déceler trace de vie humaine. Vu du dašt, ce rebord montagneux se présente sous l’aspect d’une falaise presque verticale, avec des dénivelées de 1.000 à 1.500 m (fig. 2).

Fig. 2:
Fig. 2

 

4. «Étendue plate et non cultivée.» (dašt) du Nāwur. J’avais demandé à M.A. BOUTIERE de bien vouloir rédiger quelques pages sur la géographie physique et humaine de cette région, qu’il connaît mieux que tout autre. Cela ne lui fut malheureusement pas possible. Sur la géologie, voir G. MENNESSIER, op. cit., p. 28.

5. Les distances routières, calculées à partir de Ghazni, sont indiquées sur le croquis Pl. 1.


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Quatre cols permettent d’accéder au Dašt-e Nāwur. Le col situé le plus au Nord mène à la vallée de Khawāt où la route s’arrête brusquement devant les gorges infranchissables d’un affluent du Wardak. Au Nord-Est, un col permet de rejoindre la haute vallée du Lōgar et, de là, la grand-route Caboul-Ghazni. La voie d’accès principale passe par le col de Bini Dara Ak Kotal (altitude 3.390 m): elle permet la liaison avec Ghazni, centre administratif et commercial dont dépend le Dašt-e Nāwur, par la vallée de Sar-e āb [6]; elle est relativement aisée; elle traverse des vallées bien cultivées; c’est donc elle qu’empruntent taxis collectifs et autobus. Enfin, au Sud-Ouest, un col permet le passage vers Mālestān et la province d’Oruzgān, mais le trafic est uniquement caravanier.

Le fond de la cuvette est plat, parfois parsemé de quelques collines basses. La partie méridionale en est occupée par un grand marécage d’eau saumâtre, de faible profondeur, le Nāwur [7]. Le climat est très dur. La région est isolée d’octobre à mai, par la neige d’abord, par les pluies au printemps: d’octobre à avril, la cuvette est couverte d’une couche de neige qui peut atteindre deux mètres. L’été, le thermomètre dépasse 20° dans la journée, mais il gèle la nuit, et la région est continuellement balayée par un vent violent et par de petits cyclones.

La population permanente est constituée de Hazāras persanophones disséminés dans de petits qalas [8] au pied des montagnes (surtout à l’Ouest, au Nord, et au Sud). Ils utilisent les sources de piémont pour irriguer leurs maigres cultures de céréales. L’hiver, les hommes partent se louer comme porteurs ou manœuvres à Ghazni et surtout à Caboul. L’été, le dašt, couvert d’une herbe drue, sert de pâturage aux troupeaux de nomades afghans, de langue paštō, qui passent l’hiver soit dans les régions d’Oruzgān [9] et de Kandahar, soit au Pakistan, vers Kohat et Tirah. L’armée y envoie également ses chevaux [10].

Les relations entre nomades afghans et paysans hazāras ne sont pas toujours bonnes. Les nomades jouent un rôle économique très important en apportant des tissus de contrebande, des ustensiles de cuisine et des armes. Mais les Hazāras, qui leur achètent ces produits, deviennent leurs débiteurs, et voient en outre leurs champs ravagés par les troupeaux de nomades. Aussi les heurts sont-ils fréquents,
 

6. «Tête de l’eau» ou «Tête de la rivière».

7. Henri-Walter BELLEW, dans le récit du voyage qu’il fit de Multān à Bagdad par le Séistan, en 1872, écrit: «There are here and there (près de Kandahar) superflcial pools of rain-water, called náwarFrom the Indus to the Tigris, London, 1874, p. 164.

8. Fermes fortifiées.

9. Je ne sais pas s’ils hivernent à Oruzgān, ou s’ils viennent, de Kandahar en passant par Oruzgān. On sait qu’à la suite du soulèvement hazāra de 1891-1893, l’émir Abd-ur Rahman installa 12.000 familles Durrani et 4.000 familles Ahmadzay Ghilzay à Oruzgān (H. KAKAR, Afghanistan, a study in internal political developments, 1880-1896, Kabul, 1971, p. 174.

10. Lorsque BURNES, Voyages (édition de Paris, 1835, t. III, Mémoire sur la géographie... de l’Asie Centrale, ch. III, p. 252), parle de la plaine de Nawar, près de Ghazna, qui «suffirait à l’entretien de 20.000 chevaux», il ne parle pas du Dašt-e Nāwur, mais de la vallée située au Nord-Ouest de Ghazni et que barre le barrage dit Band-i Sultan. Voir Ch. MASSON, Narrative of varions journeys in Balochistan, Afghanistan and the Panjab, London, 1842, II, p. 221 et pp. 223-224; FISCHER, «Zur Lage von Kandahar...», Bonner Jahrbücher, 1967, p. 166. On trouve aussi un Nāvar au Sud-Ouest de l’Āb-i istāde: FISCHER, op. cit., pp. 164-165 et 170.


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et les armes rie servent pas seulement à la chasse [11]. C’est sans doute pourquoi le Dašt-e Nāwur est placé sous administration militaire. Le hakim réside à Du Āwi [12], où l'on trouve aussi une «auberge» et deux boutiques très mal approvisionnées.
 

11. Le Dašt-e Nāwur est un terrain de chasse renommé: gibier d’eau, oies sauvages, et, dans la montagne, perdrix géantes et ibex (). Il existe une réserve de chasse royale à l’entrée de la vallée de Khawāt.

12. Dit aussi Nāwur.
 

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