DOCUMENTS ÉPIGRAPHIQUES KOUCHANS
G. Fussman
 

I. — INSCRIPTIONS ET ANTIQUITÉS DU DAŠT-E NĀWUR

1. Circonstances, de la découverte et de la publication.

Nous devons la découverte des inscriptions du Dašt-e Nāwur [1] à la curiosité de M. André BOUTIERE, qui, à l’époque, faisait partie de la mission géologique française en Afghanistan [2], et travaillait à établir la carte géologique de la région. M. A. BOUTIERE, qui joint à sa compétence de géologue le goût de l’antiquité et la passion de l’ethnologie, avait entendu parler, par des amis qu’il s’était faits sur place, d’une inscription rupestre située au sommet d’une montagne. Dès qu’il le put, il alla lui-même en vérifier l’existence. Il en pressentit aussitôt l’intérêt exceptionnel et dès le 29 août 1967, fit part de sa découverte à M. Paul BERNARD, Directeur de la Délégation Archéologique Française en Afghanistan (DAFA). Après avoir prévenu le Dr Chaibaï MOSTAMENDI, Directeur Général de l’Institut Afghan d’Archéologie, M. P. BERNARD, guidé par M. BOUTIERE, arrivait auprès de l’inscription le 1er septembre 1967.

Pressé par le temps, il dut se contenter de prendre deux estampages sur papier, sans pouvoir tenter une lecture directe de la pierre. Il les fit parvenir à M. E. BENVENISTE, ainsi qu’un jeu de photographies prises par M. BOUTIERE. Ces documents ne permirent pas à M. BENVENISTE d’aller au-delà des constatations déjà faites par M. BERNARD: il y avait au moins deux inscriptions, l’une rédigée en caractères grecs d’époque kuṣāṇa, l’autre en kharoṣṭ; il se pouvait qu’il s’agît d’une bilingue. Mais pour la déchiffrer, il fallait aller la lire sur place.

C’est pourquoi, au mois d’août 1969, à la demande de la DAFA et de M. BENVENISTE, je fus envoyé en mission en Afghanistan par le CNRS. Je reçus toute l’aide désirable, y compris le prêt de matériel, du Dr Ch. MOSTAMENDI, Directeur Général de l’Institut Afghan d’Archéologie. M. Marc LE BERRE, architecte de la DAFA, put, dans un premier temps, m’accompagner jusqu’à l’endroit où se trouve le bloc inscrit. J’y passai trois jours entiers, essayant de lire la pierre au lever du soleil, par lumière rasante, et prenant des estampages au latex dès que la lumière devenait trop verticale. Mais l’inscription sur laquelle je travaillais n’était plus dans l’état où l’avaient trouvée MM. BOUTIERE et BERNARD. Des habitants du lieu, croyant peut-être que le texte avait un contenu magique, ou persuadés que, si des Européens s’y intéressaient, c’est parce qu’il indiquait l’existence d’un trésor à l’intérieur de la pierre, avaient essayé de faire éclater le rocher. N’y parvenant pas, ils avaient
 

1. Telle est l’orthographe officielle. Il m’a semblé que les Hazaras prononçaient Nawr.

2. «Mission géologique en Afghanistan et études connexes», RGP 44 du Centre National de la Recherche Scientifique. Sur l’activité de cette mission, voir Guy MENNESSIER, «Géologie, biologie végétale et géographie en Afghanistan. Sept ans de RGP», Le Courrier du CNRS, n° 6, octobre 1972, pp. 25-30.


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martelé les inscriptions, déjà peu lisibles, avec un gros caillou et avaient creusé un petit mortier au milieu de la principale d’entre elles.

De retour en France, je préparai un premier fac-similé. Je profitai d’un séjour en Afghanistan à l’occasion du «Séminaire International des Études Kouchanes» pour me rendre une seconde fois au Dašt-e Nāwur (26-28 mai 1970) afin de vérifier certaines lectures. Mais je trouvai la pierre dans un état désespéré: les inscriptions avaient été de nouveau martelées et, sauf pour quelques lettres, étaient désormais illisibles.

M. BENVENISTE, frappé par une congestion cérébrale ne pouvait plus s’occuper du déchiffrement de ces textes. Avec l’accord de M. P. BERNARD, je demandai donc à M. Ilya CERSHEVITCH d’en étudier les parties que je supposais bactriennes. Du 7 au 11 décembre 1970, nous pûmes étudier ensemble estampages et photographies et améliorer quelques-unes de mes lectures précédentes; mais il ne fut pas possible d’aboutir à une interprétation suivie et vraisemblable des textes. C’est pourquoi il fut décidé que je publierais sans plus attendre les documents en ma possession, dans l’état actuel de leur interprétation, afin que d’autres que nous puissent s’essayer à leur déchiffrement [3].
 

3. Les estampages sont conservés à l’EFEO, 22, avenue du Président-Wilson, à Paris; pour l’instant, les négatifs des clichés restent en ma possession. Nous tenons à remercier tous ceux sans qui cette publication eût élé impossible: M. A. BOUTIÈRE, qui découvrit les inscriptions et les photographia en leur état premier; M. le Dr Ch. MOSTAMENDI, qui conlia leur publication aux collaborateurs de la DAFA, et nous prêta toute J’aide nécessaire; M. P. BERNARD et M. E. BENVENISTE qui nous chargèrent de les relever et de les étudier; le CNRS qui nous accorda les moyens financiers nécessaires; M. I. GERSEVITCH, qui accepta d’étudier dans un premier temps les textes en caractères grecs, et M. J. FILLIOZAT qui, dès le début, nous accorda son aide et nous permet aujourd’hui de publier cet article dans le BEFEO.
 

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