No 40.
Copie d'un rapport adressé à l'Ambassade Impériale à Constantinople par L. Neagha, V-consul à Monastir en date de 21 Mai 188.0, No 82.Plus j'observe la conduite des autorités Ottomannes de Monastir et surtout celle de Mouhtar-Pacha plus je me persuade, que tous leurs efforts tendent, actuellement, à se mettre bien avec les Albanais en faisant appel
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à leur patriotisme, pour raffermir dans cette contrée la puissance turcque, qui n'est en réalité que fort chancelante sinon éphémère.
A cette effet donc, Mouhtar-Pacha, depuis son arrivée à Bitolia, rie fait que s'entretenir journellement avec les Albanais résidant ici, et en même temps il en fait venir d'autres d'Albanie. Ainsi, tout dernièrement, sur l'invitation expresse du Valy, un personnage influent est arrivé à Monastir; c'est un albanais dont les traditions de famille lui ont acquis une situation prépondérante parmi ses compatriotes. Ce personnage est le fils de feu Djelal-Pacha, actuellement caïmacam de Matta. Il s'est rendu ici accompagné de quelques notables influents de son pays. Durant son séjour à Bitolia il a été l'objet d'une prévenance particulière de la part du Valy, — prévenance qui indiquait clairement que, dans les circonstances actuelles, on attend de lui et de ses compatriotes, un concours actif. D'ailleurs, toutes mes investigations à ce sujet s'accordent, que Mouhtar-Pacha a muni le caïmacam de Matta d'instructions et de l'argent nécessaire afin de for' mer en Albanie une résistance armée contre toute cession de territoire soit au Monténégro soit à la Grèce.
Toutefois j'estime pour ma part, que le danger, dont Mouhtar-Pacha tâche de conjurer les conséquences par des moyens à lui, ne peut que s'aggraver de jour en jour et créer ainsi de complication à l'état emminent. C'est pourquoi j'ose attirer l'attention de Votre Excellence sur la conduite peu correcte des autorités Ottomannes d'ici.
D'un autre côté, mon collègue d'Autriche-Hongris n'a pas réussi non plus à soustraire aux investigations ses menées clandestines avec les Albanais de cette résidence. M-r de Knapitch se donne actuellement beaucoup de peine et de labeur pour préparer les éléments nécessaires afin que le peuple albanais demande un jour, sinon la domination autrichienne, au moins la protection exclusive de cette puissance. Il tâche, autant que je, suis informé, de persuader les Albanais que la Bosnie et l'Herzégovine, sous la domination de l'Autriche-Hongrie, sont devenues, dans un laps de temps relativement court, le plus fleurissantes provinces du monde. Je doute fort que cette innocente propagande de mon collègue soit couronnée d'un succès réel, mais elle sert du reste à embrouiller les esprits, qui sans cela sont assez déjà échauffés.
Outre cela, il y a encore une puissance qui s'intéresse vivement aux albanais, du culte Orthodoxe — c'est la Grèce. Elle est peut-être l'unique qui a depuis longtemps lié de relations intimes et continuelles avec les Albanais peu nombreux du rite Orthodoxe. La culture et les lettres grecques étant très répandues dans cette contrée, les Albanais Orthodoxes, malgré eux, ont subi toute l'influence que l'école seule peut sérieusement imposer. Du même temps le gouvernement Hellénique pour reffermir davantage son influence ici, avait envoyé à Monastir, depuis nombre d'années, comme consul M-r Logophetis, albanais d'origine, et qui s'acquitte de sa mission à ce sujet de la manière la plus parfaite.
Pour compléter du reste ce compte rendu je crois devoir ajouter, que la plupart des écoles grecques de la Macédoine sont dotées actuellement en fait de maîtres, de jeunes gens d'origine albanaise, qui sont attachés corps et âme à la cause Hellénique; ils ont de même embrassé tous
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les intérêts des grecs dans cette contrée ainsi que leurs haines implacables contre les bulgares, et contre tout ce qui est slave en général.
En terminant je conclus donc, que les Albanais du rite Orthodoxe, malgré les efforts des autorités turcques, n'entreront pas dans la ligue et ne feront point cause commune avec les autres albanais musulmans et catholiques, — tellement la religion les divise et les sépare les uns des autres. C'est pourquoi les Albanais Orthodoxes regardent le mouvement actuel de leurs confrères comme mouvement entièrement musulman, excité par les turcs dans leur propre intérêt, et par conséquent — un mouvement qui n'a pas reçu la sanction de toute la nation albanaise.
No 41.
Copie d'un rapport adressé à l'Ambassade Imp le à Constantinople par L. Neagha, V-consul à Monastir en date du 7/19 Juin 1880, No 96.Comme suite à mon rapport en date du 21 Mai/1 Juin No 82, je dois 'encore ajouter que Mouhtar-Pacha, depuis son arrivée à Bitolia, au lieu de résoudre toutes les questions, qui sont de son ressort, dans un sentiment de conciliation, ne fait que semer la discorde et soulever des difficultés partout. Ainsi je constate avec regret, que son esprit chicaneur est à la hauteur d'une haine implacable qu'il nourrit contre tout ce qui n'est pas musulman.
D'abord, il a pris une attitude hostile, sinon arrogante, envers mes collègues d'Autriche-Hongrie et de Grèce; cette attitude, à mon sens, tend à compromettre entièrement les bonnes relations réciproques entre ces représentants étrangers et les autorités locales. Ensuite il se fait devant les chrétiens un point d'honneur particulier en prêtant son concours actif à la question albanaise.
Dans ce but Mouhtar Pacha ne se borne pas seulement à user de tout son crédit auprès des albanais, il emploie également ses effort à faire partager ses idée aux personnes qui peuvent exercer une influence quelconque sur l'esprit de cette population.
J'ignore si toutes ces menées occultes sont suggérées ou au moins approuvées par la Porte Ottomanne, j'incline toutefois à penser que le Valy est, en cette circonstance, uniquement guidé par la haine qu'il ressent à l'endroit des chrétiens, car il m'est impossible d'accepter le bruit, que Mouhtar Pacha lui même fait courir, qu'il s'agit actuellement de sauver, dans cette contrée, quelques débrits de la grande domination Ottomanne d'autrefois. Je trouve que son intélligeance n'est point à la hauteur d'une si grande tâche.
Ainsi donc, Mouhtar Pacha fit venir ces derniers jours à Bitolia cinq personnes des plus influentes parmi les albanais, avec lesquels il s'entretient journellement et même une grande partie de la nuit. Toutes ces entrevues visent en substance à unir les diverses parties de l'Albanie dans seul vilayet avec la résidence centrale à Monastir ou Ohrida. On ajoute encore, que ce grand vilayet va contenir, exepté les sandjaks de Prizrind, Debra, Scodra, Djordja et Bitolia, les parties de l'Epire et de la Tessalie,
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qui resteront après la délimitation; Le vilayet ainsi formé aura, en fait d'administration, une autonomie complète et sera gouverné par un Lieutenant du Sultan, — peut-être même par Mouhtar Pacha qui est, si je ne me trompe, l'auteur du projet en question.
Il me demande pour quel motif et dans quel intérêt on croit nécessaire de former une telle Albanie au préjudice de toutes les populations chrétiennes de cet endroit?
Il est évident que la réalisation d'un projet pareil amènera la formation d'un centre musulman assez forte pour tenir tête aux principautés voisines: le Monténégro, la Grèce, la Serbie et la Bulgarie. D'un autre côté la Porte Ottomanne pourra alors se dispenser d'introduire des réformes dans une province autonome et considérée comme entièrement musulmane.
Sans nul doute la réalisation de ce projet sera pleine de conséquences les plus inquiétantes pour l'avenir des chrétiens de cet endroit; alors ils seront condamnés à subir la domination albanaise qui sera pire que celle des turcs.
Il me revient encore qu'à Monastir et dans le vilayet de Bitolia les musulmans font une souscription assez fructueuse en faveur de la ligne a banaise. Mouhtar-Pacha, le promoteur de cette souscription, y a contribué pour une large part.
No 42.
Copie d'un rapport ... du 14/20 Juin 1880, sous No 100.Un des premiers notables Albanais, qui par l'estime et la considération des siens s'est créé une situation prépondérante, vient d'arriver à Bitolia, pour se concerter avec, ses compatriotes d'ici et leur demander un concours actif dans le conflit, qui est sur le point d'éclater entre les albanais du sud (les Tôscas) et les grecs, au sujet de la cession prochaine de territoire à la Grèce. Il me semble cependant, que leur activité à précipiter les événements doit être attribuer en partie à la réunion de la Conférance à Berlin, dont les albanais redoutent les résultats.
J'ai eu la chance de faire la connaissance de cet homme et de m'entretenir longuement au sujet de sa mission à Monastir, et je prends la liberté de soumettre à l'attention de V. E. les renseignements qu'il m'a fournis, sans pouvoir toutefois garantir leur exactitude. Néanmoins ils permettent d'apprécier les dispositions des esprits des albanais ainsi que celtes du Gouvernement Ottoman.
D'abord la porte Ottomanne, au dire de cet albanais, pour assurer le succès d'une résistance à outrance pour toute cession de territoire à la. Grèce, a pris des mesures très efficaces. Ces mesures consistent à faire passer, au premier moment du conflit, avec armes et munitions, dans les rangs des albanais, la plupart des troupes qui se trouvent actuellement cantonnées en Epire, les soldats de ces troupes étant d'origine albanaise.
Ensuite, on y compte de 20 à 25 bataillons que, étant unis aux alba~ nais, peuvent tenir en échec la petite armée grecque en cas que cette dernière voulut s'emparer de force du territoire qui est consigné à la Grèce-D'un autre côté la Porte Ottomanne, dans un sentiment de fourberie qui
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chez elle, n'a jamais fait défaut, croit se justifier ,en déclarant que les albanais ainsi que les troupes régulières turcques se sont révoltés, contre l'autorité du Sultan ne voulant rien céder à la Grèce. Cette manière d'agir a été déjà pratiquée vis-a-vis du Monténégro, pourquoi ne l'employeraitelle de même à l'égard de la Grèce.
Pour que cette résistance soit couronnée d'un succès réel; les albanais comptent d'abord sur le concours actif de leurs confrères du Nord (les Ghyegas) et puis sur le propre intérêt de la Porte Ottomanne, qui ne voudra point se déposséder de l'Albanie, car dans le cas contraire, les albanais sont prêts à se jeter dans les bras de l'Italie, dont les agents, à ce qu'on m'assure, travaillent activement pour l'annexion de ce pays. En se trouvant entre ces deux alternatives, il est à présumer que la Porte choisira la première.
Ces dispositions de la Porte sont en parfaite harmonie avec les intérêts matériels des Bays albanais, qui envisagent leur annexion à la Grèce comme le plus grand malheur. Dans ce cas-là ils ne pourront plus exercer leur appréssion sur les paysans chrétiens. C'est à cause de cela que les Bays ont embrassé ce plan de résistance avec autant d'ardeur que de fermeté afin de sauvegarder leurs intérêts.
En Vous exposant ce compte rendu de mon entrevue avec cet albanais et observant en même temps l'attitude de Mouhtar Pacha à ce sujet, je puis affirmer sans être démenti, que la population chrétienne du vilayet de Bitolia envisage les événements qui se préparent avec une extrême appréhension, croyant avec raison qu'un conflit armé en Epire ne pourra être localisé et prendra peut être des proportions plus grandes, d'autant plus que les passions des musulmans de cette contrée sont constamment travaillées et exilées. Ru reste, les albanais ne sauront résister aux entraînements qui séduit l'ambition traditionelle de cette race. Ainsi donc, j'ai tout lieu de croire à un conflit à l'état imminent; néanmoins je souhaite de toutes mes forces de pouvoir le conjurer, car la population chrétienne de cet endroit est déjà assez éprouvée par la famine d'abord, et ensuite par le brigandage en permanence, ainsi que par la plus mauvaise administration qui puisse exister.
No 43.
Copie d'un rapport adressé à S. E. M-r NOVJKOW par L. Neagha, Vice-Consul à Bitolia, en date du 5/17 Novembre 1880, No 170.Depuis trois semaines que la Ligue Albanaise s'est transférée de Prizrind à Dibra, elle a eu une grande réunion, à laquelle assistaient à peu près cinq mille albanais. Cette réunion fut présidée pas sept Pachas, tous Albanais, nouvellement promus à ce grade par le Sultan. Après une courte délibération on signa une massbatta au Sultan, lui demandant l'autonomie complète de l'Albanie, et promettant en échange de donner au Gouvernement Turc, au premier appel, 60,000 hommes armés. En ce qui concerne les frontières de cette nouvelle Albanie, les auteurs du projet en question les étendent jusqu'à Vodina,'c'est à dire — tout près de Salonique, y compris Bitolia et Ohrida.
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Djamaïl-Bey, fils d'Elias Pacha, albanais d'origine, est parti le l-er Novembre pour Constantinople avec ce projet chimérique pour en obtenir la sanction peu probable du Sultan.
Les Albanais pourtant sont convaincus que la Porte Ottomanne ne saura leur réfuser cette autonomie, vu les services réels qu'ils ont apporté au gouvernement dans la question du Monténégro.
Il n'y a pas longtemps aussi, que le gouvernement Central a ordonné Je rappel des Rédifs de Monastir et Ohrida en prévision, il me semble, d'une attaque prochaine de la Grèce.
No 44.
Copie d'un rapport adressé à S. E. M-r Novikow par L. Neagha V-Consul à Monastir, en date 22 Avril/4 Mai 1881, sous No 53.Abdoul-Bey Frassar, qui fut le pricipal instigateur des Albanais de Dibra contre le gouvernement Ottoman, ayant été, ces jours derniers, arrêté à Elbassan, est arrivé le 20 courant à Monastir, sous une nombreuse escorté militaire Le lendemain, c'est-à-dire-hier, les autorités de Bitolia l'ont envoyé de la même manière à Pizrend pour être remis à Derviche-Pacha, lequel, à-son tour, arrêta Aali-Pacha de Goussinia.
Au dire des Turcs de Bitolia, ces deux chefs Albanais vont être jugés et passés par les armes, car, dans le dernier mouvement Albanais ils ont joué le triste rôle d'agents-provocateurs, à la solde de l'Autriche-Hongrie qui, profitant d'une révolte Albanaise, voulait occuper le pays.
Il va sans dire, que je donne cette information sous toute réserve.
Quant à moi j'incline à croire, qu'Abdoul-Frassar ainsi qu'Aali-Pacha ne seront ni jugés ni exécutés, vu que la Porte Ottomanne ne tardera point à avoir besoin de leurs services contre les Chrétiens.
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