No 7.
No 45. Yaninas le 18/30 Juillet 1858.
A S. Ex. le P-ce Gortchakoff .... . . Les habitants de Radovizi, canton qui relève de la Çaïmacamie d'Artas, sont sans cesse sous prétexte de relations clandestines avec les brigands — maltraités, arbitrairement arrêtés, battus et conduits à Arta où ils sont détenus par suite d'accusations calomnieuses et dénuées de toute preuve. Vainement les primats de ces contrées dénoncent-ils au caïmacam les dervenagas comme fauteurs et principaux auteurs des désordres qui servent de prétexte à ces arrestations. Cet inepte et coupable fonctionnaire trouve toujours des raisons pour absoudre les sicaires de son autorité et sévir contre les chrétiens. Dernièrement encore un berger, dont la femme parait avoir excité les désirs du dervenaga Aliombey, fut accusé par celui-ci de donner asile à des voleurs et il fut invité à amener devant lui sa femme pour qu'il l'interrogeât sur les prétendus voleurs auxquels ils étaient tous deux accusés de servir de receleurs — ou bien à lui présenter la tête de sa femme si elle refusait à obéir à cet ordre. Malgré ses dénégations, le malheureux berger pour apaiser la colère — de son persécuteur et faire cesser les mauvais traitemens dont — il était encore menacé, se rendit, auprès de sa femme et voulut la contraindre à le suivre chez le dervenaga. Ne pouvant parvenir à vaincre sa résistance, il résolut de se débarasser de celle qui était la cause innocente de ses malheurs et s'emparant d'un rasoir il essaya de lui couper la tête pour la porter au dervenaga. Sur l'intervention des parents et des voisins, il ne put que lui couper l'oreille qu'il alla porter à son persécuteur comme une preuve de l'impossibilité où il s'était trouvé de remplir exactement ses ordres. Sur la plainte portée au caïmacam, ce fonctionnaire fit comparaître les époux, les témoins et le dervenaga. Interrogée, la femme répondit que c'était à son mari à expliquer les motifs de ce qui venait de se passer; le mari avoua tout en détail, mais il continue cependant à être détenu à Arta tandis que, de son côté, le dervenaga, malgré les plaintes et les témoignages portés contre lui, continue aussi de son côté à exercer paisiblement ses fonctions et ses brigandages.
Quelques jours avant cet événement, un albanais turc avait en plein jour et publiquement voulu violer une femme chrétienne à Arta. Arrêté et conduit, devant le caïmacam, il fut d'abord mis en prison, mais lorsqu'il fut question de procéder à l'instruction de l'affaire et à la punition du coupable, on somma les nombreux chrétiens qui déposaient contre lui, à produire des témoignages de musulmans. Naturellement cette condition, qui équivalait à l'annullation de l'accusation, ne put être remplie et le coupable, faute de témoignages musulmans, ne tarda pas à être élargi.
Presqu'en même temps aux environs de Yanina, des paysans-chrétiens travaillant aux champs furent assaillis et maltraités par des turcs qui commirent des actes infâmes sur l'un deux. Les paysans adressèrent leur plainte à quelques uns de mes collègues et à moi. Nous leur conseillâmes d'en informer l'archevêque que nous engageâmes de notre côté à intervenir en leur faveur. Mais l'affaire portée au tribunal criminel Djenaët
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Medjlis de Yanina, eut le même sort que celle d'Arta. Après avoir demandé des témoins musulmans toujours impossibles à produire en pareil cas, on n'essaya pas même de rechercher les coupables. . .
L'organisation de la justice d'après les principes posés par le Hatti Houmayoun, les tribunaux mixtes, les tribunaux de commerce dont il y est fait mention, sont et resteront toujours à l'état de mythe pour la population chrétienne...
. . . S. Dendrino [
].
No 8.
Copie d'un rapport adressé par le Conseiller d'Etat Dendrino à S. Ex.
M-r de Bouténeff en date de Yanina le 25 Juillet/6 Août 858 sub No 51.Depuis mon expédition du 18/30 Juillet, les mesures arbitraires dont il y est fait mention pour exproprier violemment de leurs terres le Couvent d'Aspranghelos et le village de Dovra au profit du musulman Djelal Béy, ayant été mises à exécution, les habitants de ce village, suivis de leurs femmes et de leurs enfants, se sont rendus à Yanina pour réclamer soit auprès du Pacha, soit auprès des Consuls contre cette spoliation. Comme on devait s'y attendre, Rifaat Pacha, influencé par le Defterdar et malgré îles représentations du métropolitain et de la plupart des membres chrétiens du Conseil provincial, persiste à maintenir les ordres émanés à cet égard de son autorité privée et à ne tenir aucun compte de ceux que la Porte avait depuis longtemps adressés à l'administration Supérieure de la province et qui prescrivaient la nomination d'une commission mixte pour examiner et définer les prétentions et les documents respectifs. Les malheureux paysans et leurs familles, groupés autour de l'archevêché et parcourant les rues qu'ils font retentir de leurs plaintes, se sont successivement rendus chez tous les Consuls pour leur présenter la requête protestative que j'ai l’honneur de joindre ici en original et en traduction [
]. En même temps, les habitants d'un autre village nommé Kérassovo, appartenant au district de Konitza, aux quels on a intenté un procès de la même nature et qui viennent d'être spoliés par suite d'ordres semblables, sont aussi venus en masse à Yanina et après avoire vainement invoqué la justice du gouverneur général, ont réclamé l'intervention de l'archevêque et du Corps Consulaire dont l'appui se trouve être également impuissant pour arrêter les mesures cupides et iniques qui les privent de leur patrimoine et les réduisent à la misère...
No 9.
Copie d'un rapport adressé par M-r Yonine à S. E. M-r la P-ce Lobanow Rostowsky en date du 20 Mars 1851 sub No 46. [].
... Il y a environ une semaine que toute la ville d'Arta a été mise en émoi à cause d'un brigandage commis aux portes de la ville. Une bande
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de brigands composée d'une trentaine d'hommes s'approcha d'une position occupée par des pâtres à une demi-heure seulement de la ville et après avoir blessé deux d'entre eux et jeté aux flammes les deux enfants en bas âge du nommé Yanni Matchouka, propriétaire, les brigands se retirèrent tranquillement emportant tout l'argent et les effets qui tombèrent entre leurs mains. La hardiesse d'un pareil coup de main fait croire au public à la connivence des irrégulière des Dervenaga dans la plupart des brigandes qui se commettent.
Non loin de Tépéléni un trafiquant chrétien se rendant à Avlona a été assassiné tout récemment — par des turcs albanais. Deux autres chrétiens ont également été trouvés assassinés l'un près de Prémeti et l'autre aux environs de Conitza.
En présence de tous ces désordres l'Autorité locale se montre impassible et impuissante à sévir contre les malfaiteurs lesquels s'enhardissent en proportion de l'impunité dont ils sont assurés. Néanmoins, le recrutement des Albanais irréguliers continue toujours et le gouverneur général vient d'appeler auprès de lui quelques uns des principaux Albanais pour leur confier le recrutement d'un nombre déterminé d'irréguliers. . . .
No 10.
No 65. Yanina, le 30 Avril/12 Mai 1861.
S.,E. M-r le G-e de Kovalewsky etc.Monsieur le Général,
Dans mes précédents rapports à Votre Excellence j'ai eu l'honneur de noter quelques faits qui pouvaient bien servir de prélude à une agitation plus grave en Albanie. Depuis quelque temps ce pays est plus calme quoique on y entend parler de brigandages isolés. A ce qu'il parait les Albanais ne se sont point décidés de l'attitude à prendre vis-à-vis du gouvernement malgré tout leur mécontentement, ce qui fait que le midi di l'Epire se recueille dans un calme parfait malgré une misère qui partout ailleurs pousserait un peuple à là révolte. . . .Comme j'ai en l'honneur de mentionner la misère a atteint ici d'énormes proportions, tandisqu'on ne peut point espérer un meilleur avenir. Dans un village près de Yanina à Koutzoulio par exemple, sur cinquante familles quatre seulement mangent du pain de maïs, tout le reste ne se nourri que d'herbes. Les malheureux sont réduits à la nécessité d'emprunter du fromment à des fermiers de dîmes de l'endroit malgré les rudes conditions que ces derniers leur imposent. Ils doivent payer à la nouvelle récolte à des fermiers la triple quantité du pain emprunté. . . .
A. Yonine.
No 11.
No 90. Yanina le 7/19 Juin 1861.
S. E. M-r le Général Kovalewsky etc.J'ai déjà eu l'honneur de rapporter à Votre Excellence les détails des négociations entre le Dervenaga Suléyman Béy et le chef de bande Vassouta, négociations qui ont été sur le point de produire de sérieuses complications dans le midi de l'Epire. Pourtant l'autorité voyant, peut-être,
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que ses trames et ses machinations étaient découvertes, s'est subitement abstenue de toute entreprise ultérieure, suivant les derniers rapports du notre vice-Consul à Arta. La bande de Vassouta s'est retirée dans les montagnes de Radovizi, non loin de la frontière, où lé Dervenaga l'a suivie avec un détachement de Bachibozouks. Cette bande qu'on persiste à appeler bande de brigands, ne mérite point ce nom. Les hommes qui la composent se sont tenus devant Arta sans se livrer à aucun excès, Au contraire suivant le dire de notre vice-Consul, ils se sont rétirés ne voulant pas être contrains de chercher dans ce pellage les moyens de subsister. Vassouta a recruté ses hommes parmi les habitants des villages environnants d'Arta exténués par la misère et exaspérés des persécutions des percepteurs d'impôts devenus chaque jour plus exigeants. Ainsi recrutés ces hommes, ils ne voulaient certainement se soumettre sans conditions sachant qu'on les traiterait de brigands et malgré la liberté qui leur était laissée par le Dervenaga, ils ne se livraient pas au pillage, comme il résulte des renseignements, que je possède. ...
A. Yonine.
No 12.
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].
No 51. Yannina, le 23 Mars 1861.La misère pèse sur l'Albanie; quoique les musulmans y soient nombreux, il y a lieu de croire à un mouvement prochain contre la Porte. S ces prévisions viennent à se réaliser, l'Epire où prédomine l'élément chrétien, ne restera pas en arrière et les races belliqueuses de ces deux provinces qui paraissent aujourd'hui vouloir oublier leur anciennes discordes, pour raient bien réussir dans la lutte qui semble imminente, pourvu toute fois que l'insurrection éclate en même temps dans le nord et dans le midi du pays. ....
Dans la Basse Albanie la détresse est si grande que les parents amènent au bazar leurs enfants pour être vendus; près de Préméti un père a tué son fils exténué par la famine. A Yanina même la misère est intolérable. Des familles qui, il y a deux ans, étaient à leur aise, sont à présent réduites à la mendicité. On ne trouve plus de travail dans le pays et l'incertitude règne partout, grâce à l'incurie du gouvernement qui fait peser de nouvelles charges sur cette malheureuse population.
A bout de patience les habitants de Yanina firent une démonstration qui obligea le Gérant de notre Consulat dans cette localité à intervenir. Une foule de femmes est venue au Consulat en criant que depuis quelques jours elles n'avaient eu rien à manger, qu'elles étaient allées chez le Métropolitain réclamer quelques secours pris sur les fonds appartenant à la commune, mais que leurs plaintes n'avaient pas été écoutées. Notre Consul n'a pu calmer l'exaspération de cette foule au désespoir qu'en lut faisant distribuer à deux reprises du pain, qui leur avait manqué jusqu'alors. On vit alors des mères courir en toute hâte pour faire enfin avoir à leurs enfants de la nourriture qu'elles venaient d'obtenir, toutefois même le spectacle navrant de cette multitude affamée ne put décider le Métropolitain à répartir parmi les plus nécessiteux le produits des sommes léguées en Russie et en Grèce au profit de la commune.
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